Bulletin d'information no. 71

14 janvier 2011 : le peuple tunisien contraint le dictateur Ben Ali à prendre la fuite.

« Brisons le silence ! Solidarité ! »
Les mouvements démocratiques du Maghreb ont besoin de notre soutien

« Un travail est un droit, pas une aumône ! », « Liberté ! », « Brisons le silence ! », « Ministère de l’intérieur, ministère terroriste ! », « Du pain, de l’eau, oui ! Mais pas Ben Ali ! », «Ben Ali, dehors ! » Voilà les slogans scandés par les jeunes Maghrébins descendus en masse dans les rues. A la surprise des stratèges européens et étatsuniens, ce ne sont pas les islamistes qu’ils abhorrent, mais bien ces jeunes qui ont ébranlé les dictatures de la région et mis la démocratie à l’ordre du jour.

Marqués par la répression politique et la corruption, ces pays n’offraient et n’offrent guère de perspectives à la majorité de leur population. Comme les tenants du pouvoir ont accaparé les produits des richesses économiques, pauvreté, chômage et pénurie du logement sont devenus le lot quotidien des habitants. Le verrouillage des frontières de l’UE, mais aussi de la Suisse, a privé les gens de la possibilité de fuir l’absence d’espoir. L’explosion était donc inévitable, ce n’était qu’une question de temps.

Parti de Tunisie en décembre dernier, le soulèvement des masses a rapidement gagné d’autres Etats arabes. Au pouvoir depuis des décennies, Ben Ali a fui le pays avec sa famille. Naguère courtisé par l’Occident, il a soudain été considéré comme un dictateur dont il fallait bloquer les avoirs placés dans les banques suisses et européennes.

En Egypte, après que le peuple a obligé le président Moubarak à se retirer, le gouvernement militaire négocie dans les coulisses l’avenir du pays avec les grandes puissances mondiales. Ces négociations portent avant tout sur des intérêts géostratégiques (canal de Suez et Israël), mais pas sur les revendications de la population : nourriture, emplois et salaires de subsistance. Et si les gens se mettent en grève pour les faire valoir, ils deviennent des ennemis de la démocratie.

Les succès remportés en Tunisie et en Egypte, les événements qui agitent l’Algérie et d’autres pays arabes s’inscrivent dans un seul et même processus de démocratisation lancé par la population de la région, un processus fondé sur la liberté politique, la justice sociale et l’égalité. Nous devons faire preuve de solidarité pour faciliter ce processus.