Plainte pénale contre Nestlé

Le ECCHR dépose un recours auprès du Tribunal fédéral.
La justice suisse doit enquêter dans l’affaire Nestlé !

Le European Center for Constitutional and Human Rights, conjointement avec les avocats zurichois Marcel Bosonnet et Florian Wick, ont porté l’affaire du syndicaliste assassiné Luciano Romero devant le Tribunal fédéral suisse. Ils représentent la veuve de l’activiste colombien, qui travaillait pour une filiale de Nestlé en Colombie. En décembre 2013, le Tribunal cantonal du canton de Vaud, en Suisse, avait rejeté un recours contre le refus d’enquêter dans l’affaire Nestlé. Le Tribunal cantonal avait alors confirmé l’avis du ministère public du canton de Vaud selon lequel l’infraction était prescrite. Les autorités suisses de poursuite pénale étaient restées 15 mois inactives avant de décider de n’ouvrir aucune enquête contre les personnes dirigeantes de Nestlé AG ou contre l’entreprise en tant que telle.

Communiqué de presse

Meurtre du syndicaliste colombien Luciano Romero

Une organisation de défense des droits humains et un syndicat colombien accusent Nestlé d'être coresponsable, par négligence, du meurtre d'un ancien employé.

Nestlé fait l'objet d'une plainte en Suisse pour des faits qui ont eu lieu en Colombie il y a six ans et demi. Une organisation de défense des droits humains et un syndicat l'accusent d'être coresponsable, par négligence, du meurtre d'un ancien employé.

 Le syndicat colombien Sinaltrainal et le European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR), basé en Allemagne, ont déposé leur plainte contre le géant vaudois de l'alimentation lundi auprès du Ministère public de Zoug, ont-ils indiqué mardi. Celui-ci, contacté par l'ats, a confirmé l'avoir reçue.

 Le document vise le groupe veveysan qui est aussi enregistré à Cham (ZG). Mais il cible également Peter Brabeck, président du conseil d'administration et autrefois patron de Nestlé, Rainer Gut, ancien président, et trois autres cadres (deux Suisses et un Mexicain).

 Les plaignants espèrent créer un précédent avec une firme suisse pouvant être tenue pour responsable en Suisse de méfaits survenus à l'étranger. Ils invoquent l'article 102 du code pénal helvétique, qui porte sur la responsabilité pénale des entreprises mais qui n'a encore guère été appliqué pour des cas survenus à l'étranger.

Cicolac suspecté

Pour rappel: l'ancien employé en question, Luciano Romero Molina, a longtemps travaillé chez Cicolac, filiale locale de Nestlé, avant d'être accusé par ses patrons d'avoir collaboré avec la guérilla. Menacé de mort, ce syndicaliste a été assassiné de façon très violente en 2005 à Valledupar, dans le Nord-Est du pays.

Ses meurtriers, des paramilitaires, ont été condamnés. Mais un ex- commandant de leur groupe armé a affirmé, lors d'un témoignage, que celui-ci était financé par plusieurs entreprises dont Cicolac.

Sinaltrainal reproche donc à la direction de Nestlé d'avoir été au courant des agissements de sa filiale colombienne et de ne pas avoir pris les mesures de protection nécessaires envers le syndicaliste. Nestlé a toujours protesté contre ces allégations.

Nestlé rejette l'accusation

Contactée mardi, l'entreprise a réagi en affirmant condamner toute forme de violence et en rejetant catégoriquement ces accusations. Elle souligne que lorsque cet homme a été tué, cela faisait trois ans qu'il avait cessé de travailler chez Cicolac.

La situation en Colombie était extrêmement dangereuse et la violence sévissait dans tout le pays, rappelle Nestlé. «Malheureusement, des leaders syndicaux étaient menacés, enlevés et assassinés, de même que des membres de nos équipes de management locales ainsi que d'autres employés et leurs proches.»

(ats)

Meurtre du syndicaliste colombien Luciano Romero, Newsletter du ECCHR